Quels farceurs ces pirates !! On a
beau dire qu'en matière de piratage l'innovation a comme seule limite
l'imagination de l'individu, on reste sans voix face à des trouvailles
ahurissantes !
Dans les films d'espionnage, peu d'entre nous ont manqué la scène de l'agent
secret reconstituant mentalement un numéro de téléphone, en analysant
simplement les sons émis par les rotations successives du cadran
téléphonique.
Que diriez d'une méthode consistant à voler un mot de passe en écoutant le
bruit des touches frappées sur le clavier ? Délirant, n'est-ce pas ?
Irréaliste, me direz-vous ?... Justement, c'est en admettant que
l'adversaire parviendra à mettre au point des techniques impensables que l'on
commence à entrevoir comment concevoir les architectures sécurisées.
Avant d'écarter toute possibilité, réfléchissons un peu... Tout d'abord, il
est évident que la « barre d'espace » émet un son reconnaissable,
nous l'avons tous constaté, il suffit d'entendre quelqu'un pianoter sur son
ordinateur. À la rigueur, cela est vrai aussi pour la touche « Retour
chariot ». Voyez comme nous progressons... D'accord, nous ne sommes pas
encore très avancés, car il faut reconnaître que les fluctuations sonores entre
un « P », un « C » ou un « 2 », si elles
existent, sont à première vue beaucoup moins probantes. Toutefois, tendez un
peu l'oreille et faites l'expérience : vous percevrez des différences,
légères, soit, mais incontestables. En effet, il n'y a aucune raison que toutes
les touches émettent rigoureusement le même son : elles ne sont pas
situées au même endroit sur le clavier, les doigts de l'utilisateur ne frappent
pas toutes les touches avec le même élan, il faut compter avec les écarts de
tolérance, même infinitésimaux, dus à la fabrication et au montage du
clavier... non, non, il y a des disparités, c'est indiscutable.
Seulement, rétorquerez-vous à juste titre, il faut tout de même avoir
l'oreille fine et passablement exercée avant de pouvoir exploiter ces infimes
subtilités ; ce n'est pas donné à toute le monde !
Certes, certes... Cependant, n'oublions pas que dans le domaine qui nous
intéresse (le piratage), nous avons affaire à des informaticiens ; et les
informaticiens se distinguent généralement par cette compulsive et exaspérante
manie de faire appel à une technique qui, finalement, s'avère d'une certaine
utilité lorsqu'il s'agit de faire des gros calculs : l'informatique. Et
là, il faut reconnaître que les logiciels font aujourd'hui des merveilles en
matière de reconnaissance vocale. Parlez, ils écrivent ; ordonnez, ils
exécutent... Bientôt, ils vont vous répondre. Alors vous pensez, effectuer
l'analyse spectrale d'un son aussi banal que celui d'une touche de clavier
d'ordinateur, fastoche !
Bien sûr, on peut toujours objecter que chaque clavier a sa propre
résonance ; que ses caractéristiques acoustiques sont elles-mêmes
« modulées » en fonction de la personne qui saisit le texte ;
que pour espérer voir fonctionner un jour un tel concept, il faudrait en
théorie mémoriser des milliers de « profils spectraux » qui
modéliseraient les comportements de la majorité des couples utilisateur /
clavier rencontrés de part le monde.... Pensez donc ! Laissons cela aux
fadas de méthodologies, de processus et autres doux rêveurs. Concentrons nous
plutôt sur les formidables capacités d'apprentissage des logiciels : à la
première mise en route, il ne savent rien de vous ni de votre clavier, mais au
bout d'une dizaine de minutes, plus de 90% des caractères saisis sont
identifiés !
Comment font-ils ? Tenez, un exemple simpliste basé sur notre antique
analyse des fréquences (relire à ce sujet le papier sur l'histoire de la
cryptologie sur ce même blog) : le son le plus souvent perçu
correspondrait probablement à la lettre la plus souvent rencontrée dans la
langue française ; à savoir le « E ». Ensuite viendraient le
« A », puis le « I », etc. etc.
Mais à quoi bon s'embarrasser avec des techniques aussi désuètes à l'heure
où des méthodes bien plus puissantes, comme l'analyse orthographique et la
correction grammaticale, fournissent de précieux renseignements ? Avec un
tel arsenal, le logiciel espion sait bientôt retrouver chaque caractère saisi
et percer ainsi vos secrets les plus inavouables ! (attention à ce que
vous écrivez...).
Ah ! J'oubliais... Il reste le problème du micro. Car il faut bien
capter tous ces sons avant de les enregistrer et de les analyser. Là encore, je
crains bien de plonger un peu plus dans la sinistrose. Point n'est besoin de
dépêcher sur place les agents du Watergate. Chaque ordinateur dispose
maintenant de son micro intégré, pourquoi diantre s'embêter ? Il suffit de
programmer dans le logiciel une petite routine chargée d'activer le micro en
douce, de rediriger sa sortie vers le module d'analyse, et le tour est
joué !
... ou presque. Car maintenant, pour épier réellement un utilisateur, encore
faut-il installer clandestinement sur son poste le petit logiciel espion, muni
de toutes les fonctionnalités que nous venons de décrire. Mais est-ce vraiment
besoin d'épiloguer sur ce point ? Si vous avez lu « Sécuriser enfin son PC »,
ainsi que d'autres billets présents sur ce même blog, vous devriez maintenant
savoir qu'un pirate motivé a sous la main des dizaines de techniques pour y
parvenir ; la chose est inéluctable !...
Franchement, que faire face à tant d'ingéniosité ? Si, au moins une
chose : donner un grand coup de chapeau aux chercheurs de l'université
californienne de Berkeley ; il fallait y penser, ils l'ont fait et ont
démontré que la méthode marchait. Bravo chers adversaires ! Cela
ressemblerait presque à un coup de maître, n'est-il pas ?
Eh oui !... c'est un peu la dure facette du métier de consultant en
sécurité : finir par croire (un peu) en sa compétence et se retrouver
invariablement Grosjean comme devant. Tout cela à cause de petits astucieux qui
vous fabriquent des inventions auxquelles même Tom Cruise, dans Mission
Impossible : 18, n'osera même pas penser, et qui orchestrent avec
élégance et simplicité la déconfiture de la sécurité de votre système.
Warfff!!!!! j'ai presque envie d'en rire... de partir en vacances... ou bien
d'aller raccrocher mon tablier, je ne sais pas... Tenez, allez donc visiter
notre site musical, cela
vous changera les idées.
Moi je ne sais pas. Je ne sais plus... enfin si j'étais vous, je
commencerais peut-être par envisager la carte à puce... on se sait jamais... si
ce n'est pas trop tard...